Une histoire qui avait été écrite avec la contrainte d'utiliser les mots suivants : Vent – Pétrichor – Froid – Nuage – Pluie.
Je déteste la pluie
Je déteste la pluie.La pluie me dégoûte. Je me sens spongieux rien qu’à regarder les gouttes dégouliner le long de mes gouttières. Je regarde les égouts qui dégorgent et me donnent envie de régurgiter le peu que j’ai réussi à avaler au petit déjeuner.
Une accalmie. Je sors. J’abhorre l’odeur du pétrichor. Je me bouche le nez, mais pour mes oreilles, je ne peux rien faire. Dehors, ça ragote, ça radote. Ça me fait comme une craie dans la cervelle, ça crisse, ça me crispe. Les remarques, les avis non sollicités, les banalités et les lieux communs sont autant de coups de tatanes sur mon crâne.
Je déteste mes voisins. Je déteste mes amis. Je déteste les gens qui m’approchent, qui m’abordent, qui m’accrochent, et surtout qui jacassent. « C’est la vie ! » qu’ils disent. Possible. « Ils » ont sûrement raison. Est-ce que ça veut dire pour autant que j’ai tort ? Moi la vie, je ne la vois plus à travers cette pluie. Je ne vois plus que la mort, quel que soit l’endroit où me mènent mes pas.
Les nuages m’écrasent, le vent et le froid me glacent du bout des orteils jusqu’à la racine des cheveux. Les gouttes me giflent, me griffent, me donnent envie de m’arracher la peau, les cheveux, de me cogner la tête contre le premier mur venu. Il pleut sans discontinuer aussi bien dehors qu’à l’intérieur. Chez moi, c’est tout aussi insupportable, mais au moins, j’y suis seul.
« Avec le temps qui passe, tout passe ! » qu’ils disent. Je déteste leur fausse bienveillance, leurs sourires de connivence, comme s’ils pouvaient comprendre. « On sait ce que c’est » qu’ils disent. Ah oui ? Vraiment ? Si c’était le cas, tu ne me sortirais pas de telles inepties, de telles niaiseries. Si c’était le cas, tu déguerpirais et tu me foutrais la paix.
« On est tous passés par là » qu’ils disent. C’est censé servir à quoi une remarque pareille ? Me remonter le moral ? Ils ne sont qu’une meute de toutologues qui parlent pour ne rien dire. Des chiens qui aboient. J’ai envie de leur cogner dessus, que leur sang ruisselle autant que la pluie, que cessent leurs maladresses qui me heurtent, qui m’écorchent, qui me laissent en lambeaux.
Je déteste la pluie. Je déteste cette pluie qui ne cesse de tomber de mes yeux aussi lourdement qu’elle tombe du ciel.
Maman est morte.
Et depuis, dans mon cœur, la pluie ne peut plus s’arrêter.
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