Cagoulette voudrait savoir tout faire

Dans le jardin de Madame la maire, une drôle de rumeur circulait : les escargots seraient des trouillards laids et bizarres. S’ils ne sortaient que les jours de pluie, c’était pour ne pas effrayer tout le quartier.
N’importe quoi. Cagoulette était très agacé par ces racontars imbéciles. Bien sûr que les escargots aimaient la pluie, mais ça n’avait rien à voir avec de la peur ou une supposée laideur ! Lui, Cagoulette, était un escargot courageux, très coquet, et fier de l’être !

Tendant son long cou, Cagoulette déroula ses yeux un par un, vérifiant le temps. Aujourd’hui aussi, il n’y avait pas de pluie. Soupirant, il s’apprêtait à retourner dans sa coquille lorsqu’une fourmi affairée attira son attention. Cagoulette l’interpella.
— Eh bien quoi ? Où cours-tu de si bon matin ?
— Et toi ? Pourquoi te reposes-tu par une si belle journée ? Si seulement tu pouvais m’aider ! Ah ah ah, je plaisante ! N’est pas fourmi qui veut !

Sur ce, la petite fourmi repartit à marche forcée vers son nid, un grain de blé énorme sur son dos courbé.
Cagoulette grinça des dents, irrité.
N’est pas fourmi qui veut ? Il pouvait certainement faire aussi bien qu’une fourmi, et même mieux !

Cagoulette, déterminé, partit en quête d’un grain de blé, se hâtant autant qu’il le pouvait. Lorsqu’enfin il en trouva un, il peina à le faire tenir en équilibre sur sa tête, les yeux exorbités pour empêcher le grain de blé de tomber.

Ainsi chargé, il repartit courageusement en direction du nid de la fourmi. Il arriva à la nuit tombée et déchargea son grain de blé, épuisé et assoiffé.
— Tiens ! Voilà un grain de blé pour toi, fourmi ! Tu vois, moi aussi, je peux faire pareil !

La fourmi le regarda, ahurie, avant d’éclater de rire.
— Toute une journée pour m’apporter un grain de blé ? Mais Cagoulette, moi, j’en rapporte des dizaines en une seule heure !
Cagoulette baissa la tête, trop fatigué pour répondre, déçu de ne pas avoir réussi à travailler autant que la fourmi.
Rentrant sa tête et son corps, il s’enroula dans sa coquille et s’endormit pour un long sommeil bien mérité.

Le lendemain matin, le beau temps était toujours là. Cagoulette soupira. Au moins, il pourrait se reposer de sa dure journée de la veille.
Mais avant qu’il ne s’éclipse dans sa coquille, une mouche lui passa sous le nez, vrombissant bruyamment. Cagoulette l’interpella.
— Eh bien quoi ? Pourquoi fais-tu de telles acrobaties de si bon matin ?
— Et toi ? Pourquoi restes-tu toujours au ras du sol ? Tu viens faire des loopings avec moi ? Ah ah ah, je plaisante ! N’est pas mouche qui veut !

Cagoulette la regarda puis s’élança à l’assaut d’un grand poteau. La montée fut si longue qu’il crut ne jamais y arriver. Lorsqu’enfin il parvint au sommet, la nuit était presque tombée.
Regardant aux alentours, Cagoulette se sentit un peu mal. Jamais il n’était monté aussi haut ! Il admira la vue, puis, pris de vertige, se dépêcha d’interpeller la mouche.

— Tiens ! Regarde comme je suis haut dans le ciel ! Tu vois, moi aussi, je peux faire pareil !
— Toute une journée juste pour te poser là-haut ? Mais, Cagoulette, moi, en une journée, je peux voler sur des kilomètres !
Cagoulette baissa la tête, triste de ne pas avoir réussi à voler comme la mouche.
Rentrant sa tête et son corps, il s’enroula dans sa coquille et s’endormit pour un long sommeil bien mérité.

Le troisième jour, le soleil était un peu moins vif, mais le temps était toujours au sec. Cagoulette avait presque épuisé tout son mucus et se résigna à passer la journée sans manger. Un papillon vint alors virevolter joyeusement à ses côtés. Cagoulette l’interpella.
— Eh bien quoi ? Pourquoi es-tu si joyeux de si bon matin ?
— Et toi ? Tu ne serais pas heureux, avec de si belles couleurs ? Regarde mes ailes ! Ta coquille, à côté, est toute terne ! Ah ah ah, je plaisante ! N’est pas papillon qui veut !

Le papillon déploya ses ailes aux couleurs éblouissantes sous le soleil, puis disparut en quelques coups d’ailes.
Blessé, Cagoulette tenta de lustrer sa coquille du mieux qu’il le pouvait avec ses dernières gouttes de mucus. Ce n’était pas parfait, mais sa coquille brillait !
— Tiens ! Regarde, moi aussi, je suis beau !

— Tu t’es… recouvert de bave ?! Mais Cagoulette, moi, je n’ai qu’à ouvrir mes ailes pour être beau !
Cagoulette baissa la tête, découragé de ne pas avoir réussi à être beau comme le papillon.
Rentrant sa tête et son corps, il s’enroula dans sa coquille et s’endormit pour un long sommeil bien mérité.

Le quatrième jour, Cagoulette sortit un œil de sa coquille.
Une goutte.
Deux gouttes.
Plein de gouttes ! Il pleuvait !
Regardant autour de lui, heureux, Cagoulette chercha des yeux la fourmi, la mouche ou le papillon.
Personne.

Alors il décida d’aller voir le nid de la fourmi et l’interpella :
— Eh bien, Madame la fourmi, on dort ? On a peur d’un peu de pluie ?
La fourmi le regarda, reculant ses pattes devant les bombes d’eau tombant du ciel, et ne répondit rien.
— Tu te reposes ? Tu ne portes pas de grains de blé aujourd’hui ? Tu sais, moi, ma maison, je la porte aussi bien les jours de pluie que les autres jours. Et elle est bien plus lourde qu’un grain de blé ! Madame la fourmi, tu vois, moi aussi, je suis fort... à ma façon !
Puis il repartit.

Mais en chemin, il se sentit un peu mal à l’aise.
Lorsqu’il croisa la mouche, bien cachée sous une feuille, au sol, il lui lança :
— Eh bien, Madame la mouche ? Tu ne voles plus ? Tes ailes ne fonctionnent que les jours de soleil ?
La mouche leva des yeux effrayés vers le ciel, d’où tombaient des cascades d’eau, et ne répondit rien.
Cagoulette hésita. La pauvre mouche avait l’air bien assez malheureuse sans qu’il en rajoute.
— Tu sais, Madame la mouche, je t’envie les jours de soleil, mais les jours de pluie, je suis bien content d’être moi.
Puis il repartit.

Il croisa ensuite le papillon, qu’il reconnut à peine. Prostré dans un coin, ailes repliées, il ressemblait à une feuille morte !
Ouvrant grand la bouche pour faire une méchante remarque, il la referma sans rien dire.
Le papillon le regarda, tête baissée, et ne dit rien, lui non plus.
Après un instant de réflexion, Cagoulette lui dit :
— Tu sais, Monsieur le papillon, à chacun son jour. Bon courage sous toute cette pluie. Aujourd’hui, ce n’est pas ton jour !
Puis il repartit. Fier de lui, cette fois-ci. Une chose était bien certaine : il n’y avait personne de meilleur que lui pour glisser sous la pluie !

Eh oui, si les escargots sortent sous la pluie, ce n’est pas du tout parce qu’ils ont peur. C’est simplement parce que ces jours-là sont enfin les leurs !

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